Sergio Marchionne, l’homme qui a sauvé Fiat, est mort

«L’homme qui a révolutionné Fiat», peut-on lire en Une du site du Corriere della Sera . «L’homme qui a sauvé la voiture italienne» puis «l’homme qui a changé le destin de Fiat», écrit de son côté La Repubblica . «L’homme qui a amené Fiat vers le futur» ou «Le “Martien” qui a révolutionné le monde des voitures», salue La Stampa . L’Italie pleure un des patrons les plus emblématiques du pays. Sergio Marchionne, qui a dirigé Fiat Chrysler (FCA) – premier employeur privé d’Italie avec 65.000 employés fin 2017 – durant quatorze ans, est mort à l’âge de 66 ans, a annoncé Exor, la holding de la famille Agnelli, dans un communiqué.

«Malheureusement, ce que nous craignions est arrivé», a déploré le patron d’Exor, John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, la figure historique de Fiat. «Sergio Marchionne, l’homme et l’ami, est parti. Je pense que le meilleur moyen d’honorer sa mémoire est de construire sur l’héritage qu’il nous a laissé, cultiver les valeurs d’humanité, de responsabilité et d’ouverture morale dont il a toujours été le promoteur le plus convaincu». «Ma famille et moi-même serons toujours reconnaissants de ce qu’il a fait, et nos pensées vont vers (sa compagne) Manuela et ses fils Alessio et Tyler. Je renouvelle ma demande de respecter la vie privée de la famille de Sergio», a-t-il ajouté. «C’est un moment très difficile et très triste», a déclaré lors d’une conférence avec les analystes Mike Manley, le patron de Jeep qui a pris samedi sa succession à la tête de FCA. Dans les usines du groupe en Italie, mais aussi dans le fief de Ferrari à Maranello, les drapeaux étaient en berne et toutes les chaînes de montage se sont arrêtées 15 minutes en son hommage.

FCA avait expliqué samedi que Sergio Marchionne avait souffert la semaine passée «de complications inattendues alors qu’il se remettait après une opération, qui ont sérieusement empiré ces dernières heures». Hospitalisé à Zurich depuis une opération fin juin à une épaule, il aurait vu sa situation se «détériorer» vendredi, «cette fois-ci sans retour. Le patient ne réagit plus», affirmait La Repubblica, dimanche dernier.

Les hommages se succèdent

La dégradation de son état de santé en fin de semaine dernière avait contraint Fiat à procéder à une nouvelle organisation. Ce sont les patrons de Jeep, Mike Manley, et de Philip Morris, Louis Carey Camilleri, qui ont été désignés aux commandes de Fiat Chrysler (FCA) et Ferrari pour lui succéder. En principe, le manager italo-canadien aux éternels pulls ou polos noirs, qui avait pris les commandes de Fiat en 2004, prévoyait de passer les rênes de FCA dans le courant de l’année 2019. En quatorze ans, Sergio Marchionne a profondément remodelé le groupe, d’abord en redressant Fiat, permettant de renouer avec les bénéfices en 2005. Dans la foulée de la crise de 2008, Fiat s’est alliée à l’américain Chrysler, tout en détachant d’une part les activités gros engins/camions en 2011 pour créer CHN Industrial et d’autre part le joyau Ferrari en janvier 2016.

Depuis l’annonce de son décès, les hommages se multiplient, à commencer par le secteur automobile. Le président du directoire du groupe automobile PSA, Carlos Tavares, a salué «la mémoire d’un grand capitaine d’industrie qui demeurera un exemple pour nous tous», dans un entretien au quotidien Les Échos. Le monde politique italien s’est également empressé de réagir. «L’annonce de sa disparition nous peine et laisse un vide en tous ceux qui ont connu et apprécié ses qualités humaines, intellectuelles et professionnelles», a salué le président italien, Sergio Mattarella. «Marchionne a écrit une page importante de l’histoire de l’industrie italienne (…), en montrant au monde la capacité et la créativité de la réalité manufacturière de notre pays». L’ancien président du Conseil des ministres et désormais sénateur, Matteo Renzi, s’est exprimé sur Twitter: «Une étreinte affectueuse à la famille de Sergio Marchionne». «Marchionne a été un acteur majeur de la vie économique des quinze dernières années. Avec lui je partageais beaucoup (…). Il a réussi à donner un avenir à Fiat alors que cela semblait impossible», avait-il indiqué samedi dernier.

«Merci pour le travail, la fatigue, les résultats. C’est l’orgueil italien porté dans le monde», a twitté l’ancien président du Conseil italien, Paolo Gentiloni. «Sergio Marchionne a été un géant, il a innové, il a fait sortir Fiat d’une crise qui semblait sans issue, il a créé des emplois, et comme il est normal il a fait quelques erreurs. Sa vision et son oeuvre resteront dans l’histoire», a commenté Andrea Marcucci, responsable du Parti démocrate (PD, centre-gauche). «Honneur à un homme qui a fait tellement et aurait encore pu faire énormément», a déclaré pour sa part le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite). Pour Silvio Berlusconi, «l’Italie perd non seulement son plus brillant manager, mais aussi une figure symbolique. Il a représenté ce que l’Italie a de meilleur: celle qui travaille, concrète, sérieuse et préparée, dotée d’une vision et capable de regarder vers l’avenir. Une Italie qui n’a pas peur de la compétition». «J’aurais voulu le voir à la tête de notre pays», a ajouté le magnat des médias. À Rome, la Chambre des députés a observé une minute de silence en hommage à Sergio Marchionne. Le moment de silence, qui a interrompu l’examen d’un texte controversé visant à favoriser l’emploi, s’est terminé par des applaudissements.

L’annonce du décès de Sergio Marchionne intervient alors que FCA publie ses résultats trimestriels ce mercredi. Le constructeur automobile a revu à la baisse une partie de ses objectifs pour 2018, après avoir enregistré une baisse de son bénéfice net de 35% au deuxième trimestre. Le bénéfice net atteint 754 millions d’euros. Un résultat nettement en dessous des attentes des analystes. Ces derniers tablaient sur 1,299 milliard d’euros, selon le consensus Factset Estimates. À 13h25 ce mercredi, le cours de l’action Fiat Chrysler Automobiles a perdu plus de 10,53% à la Bourse de Milan, à 14,83 euros.


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